Eradiquer la prostitution ou les prostituéEs ? - Médiapart - 27 juin 2012
Par V. Dubarry le 10-07-12, - Articles - Lien permanent
Dans le Journal du Dimanche de dimanche dernier, Najat Vallaud-Belkacem dit
souhaiter la fin de la prostitution. Elle a raison. Moi-même, je suis pour
l'éradication de la famine dans le monde, la fin de toutes les guerres et très,
très, très favorable à ce que nous nous aimions tous les uns les autres.
En attendant ces jours merveilleux, on fait quoi ? On laisse perdurer des lois dont on sait qu'elles mettent en danger les prostituéEs ? Dont on sait que leur mise en oeuvre fielleuse et hypocrite repousse les prostituéEs loin, de plus en plus loin, des associations qui pourraient leur apporter conseils
En attendant ces jours merveilleux, on fait quoi ? On laisse perdurer des lois dont on sait qu'elles mettent en danger les prostituéEs ? Dont on sait que leur mise en oeuvre fielleuse et hypocrite repousse les prostituéEs loin, de plus en plus loin, des associations qui pourraient leur apporter conseils
sanitaires ou sociaux ? Qui les laissent seulEs face à des clients exigeants et
parfois dangereux ?
Le débat qui doit avoir lieu sur la prostitution ne peut pas se cantonner à renvoyer chacun des protagonistes à des positions irréconciliables et caricaturales. Il ne peut pas être noir ou blanc, abolitioniste ou réglementariste. Dans ce type de grand débat sociétal, il faut être capable de subtilité et ouvrir les yeux sur la vraie vie et sur quelques vérités incontournables :
Les prostituéEs payent des charges à l'URSSAF et cela fait d'eux et elles des travailleurs au sens le plus strict du terme.
Bien évidemment, on peut fermer les yeux sur ces vérités et se balancer à la tête protestations de féminisme bien compris et de lutte contre le capitalisme et la marchandisation des corps. Même si une partie de ces arguments doit être entendu, le problème est quant même qu'on finit toujours par en arriver à des discours de dame patronnesse sur la nécessité de sortir ses pov' filles du pov' milieu dans lequel elles sont tombées. Du coup, non seulement on oublie les hommes prostitués, mais en plus on assiste à un kidnapping de la parole des premières personnes concernées particulièrement infantilisant : la parole des prostituées n'aurait-elle donc aucune valeur ?
Sporadiquement, au détour d'actions policières particulièrement problématiques (comme ce fut le cas dans les bois parisiens ces dernières semaines), d'interviews de telle ou telle personnalité ou bien encore de la parution de tel ou tel rapport, le débat revient et fait rage entre tenants de l'une ou l'autre position. Et puis plus rien pendant quelques mois voire années…
Il est vraiment plus que temps que le débat ait vraiment lieu, un débat qui permette de sortir des poncifs et des leçons de morale...
Le débat qui doit avoir lieu sur la prostitution ne peut pas se cantonner à renvoyer chacun des protagonistes à des positions irréconciliables et caricaturales. Il ne peut pas être noir ou blanc, abolitioniste ou réglementariste. Dans ce type de grand débat sociétal, il faut être capable de subtilité et ouvrir les yeux sur la vraie vie et sur quelques vérités incontournables :
Les prostituéEs payent des charges à l'URSSAF et cela fait d'eux et elles des travailleurs au sens le plus strict du terme.
- Un grand nombre d'entre eux et d'entre elles sont les victimes de réseaux mafieux auxquels il faut s'attaquer.
- Le débat d'il y a quelques années lancé par Françoise de Panafieu sur la réouverture des maisons closes a fait beaucoup rire. Peut être faut il aussi se re-pencher sur la question et l'aborder sérieusement.
- La loi sur le racolage passif doit être abrogée, elle n'a que des effets négatifs pour les prostituéEs et n'a pas changé grand-chose à la prostitution.
Bien évidemment, on peut fermer les yeux sur ces vérités et se balancer à la tête protestations de féminisme bien compris et de lutte contre le capitalisme et la marchandisation des corps. Même si une partie de ces arguments doit être entendu, le problème est quant même qu'on finit toujours par en arriver à des discours de dame patronnesse sur la nécessité de sortir ses pov' filles du pov' milieu dans lequel elles sont tombées. Du coup, non seulement on oublie les hommes prostitués, mais en plus on assiste à un kidnapping de la parole des premières personnes concernées particulièrement infantilisant : la parole des prostituées n'aurait-elle donc aucune valeur ?
Sporadiquement, au détour d'actions policières particulièrement problématiques (comme ce fut le cas dans les bois parisiens ces dernières semaines), d'interviews de telle ou telle personnalité ou bien encore de la parution de tel ou tel rapport, le débat revient et fait rage entre tenants de l'une ou l'autre position. Et puis plus rien pendant quelques mois voire années…
Il est vraiment plus que temps que le débat ait vraiment lieu, un débat qui permette de sortir des poncifs et des leçons de morale...
