Plaidoyer pour une ville lente - Parue dans les pages Rebonds, Libération du 25 août 2010
Par V. Dubarry le 26-08-10, - Articles - Lien permanent
A la mi-juillet, période ô combien propice à faire passer en douce ce type de
mesures, une dépêche AFP annonçait la tenue à la rentrée d’une réunion
interministérielle sur la remise en cause des normes incendies et accessibilité
telles que prévues par la loi du 11 février 2005. Il serait également question
d’un moratoire des dispositions pourtant prometteuses de cette loi qui prévoit
la mise en accessibilité de tous les bâtiments recevant du public d’ici 2015.
Ces annonces, saluées comme il se doit par les lobbies qui les avaient
suggérées (architectes, hôteliers, restaurateurs…), énervent quelque peu les
associations de personnes handicapées. Comme on les comprend : après leur avoir
fait miroiter les avancées considérables de la loi de 2005 qui devait permettre
à la France d’enfin rattraper son abyssal retard vis-à-vis des pays du Nord de
l’Europe, on leur explique que c’est trop cher, trop compliqué et, entre les
lignes, que ça ne concerne pas suffisamment de personnes… Comme d’habitude !
Pas suffisamment de personnes, c’est à voir, le tout étant de choisir les
bonnes lunettes et de savoir choisir d’où l’on regarde.
Tout aménagement de voirie permettant une meilleure accessibilité aux personnes
en situation de handicap est aussi bénéfique aux personnes âgées, aux parents
de jeunes enfants et aux enfants eux-mêmes (les plus grands oubliés de l’espace
urbain, tout compte fait). Un changement de temps, du rythme des feux
tricolores, par exemple, est non seulement utile à toutes ces populations mais
est aussi efficace pour ralentir la vitesse des voitures et donc permettre une
plus grande harmonie avec les autres usagers de la rue que sont les cyclistes
ou les personnes – le premier mode de transport à Paris – qui circulent à
pieds. Ainsi, une politique de réaménagement de la rue prenant en compte
sérieusement les personnes en situation de handicap est une porte d’entrée qui
permettra à un aménagement de la voirie, non seulement d’y faire enfin la place
à ceux qui bout à bout représentent le plus grand nombre des habitants de la
ville, mais d’être réellement réductrice de la place des transports motorisés.
Réduction qui est non seulement la condition d’une meilleure qualité de l’air
que nous respirons tous et toutes mais d’une lutte contre l’effet de serre qui
n’est pas seulement un intérêt général mais un intérêt mondial. L’intérêt du
plus ‘faible’ est donc bien celui de toutes et tous !
Et cet exemple de la rue, on pourrait l’étendre à l’accessibilité aux bâtiments, à la culture, aux loisirs. Les villes toujours conçues par des personnes non seulement valides mais souvent masculines et dans la force de l’âge, souvent motorisées, finissent par ne répondent à aucun de ces besoins spécifiques des différentes populations de la ville.
La ville, pour qu’elle offre le même visage à tous et à toutes, a tout intérêt à envisager les plus ‘faibles’ ou les plus ‘fragiles’ diront certains. Leur prise en compte oblige à cesser de morceler les différents visages de la ville et d’à nouveau la regarder de façon globale : ne plus traiter juste le trottoir puis la rue puis l’avenue puis l’école ou le cinéma ou le jardin mais avoir dans la tête la continuité des déplacements possibles...
Cette ville réconciliée pour tous est la vraie modernité de la ville. Cela implique d’abandonner son ancienne modernité : aller vite ! La nouvelle modernité, à l’âge du pétrole cher et du retour du local dans ses diversités d’être au monde, c’est au contraire de savoir profiter du voyage autant que de la destination. Voyager qui peut consister à aller jusqu’à la boulangerie au coin de la rue. Ralentir qui peut signifier rester derrière un papi dans les escaliers du métro sans se soucier de savoir si on va attraper le métro de 9h26 ou celui de 9h27, sans pousser des soupirs d’exaspération mais en admirant la couleur de ses bretelles ou sa capacité stratégique à rester devant… Savoir se nourrir de ce que l’on reçoit de la diversité nos villes multiculturelles, inter-âges et aux identités de genre multiples.
Envisager le temps et l’espace différemment, c’est le point de départ incontournable d’une réelle politique de la ville écolo, une politique qui envisage toutes les catégories de personnes qui vivent dans la ville sur un même pied d’égalité. Il semble que, décidément, le concept global de l’écologie ne soit pas encore, malgré les grandes déclarations des uns et des autres, totalement intégré !
Véronique Dubarry
Les Verts
Adjointe au Maire de Paris en charge des personnes en situation de handicap
Et cet exemple de la rue, on pourrait l’étendre à l’accessibilité aux bâtiments, à la culture, aux loisirs. Les villes toujours conçues par des personnes non seulement valides mais souvent masculines et dans la force de l’âge, souvent motorisées, finissent par ne répondent à aucun de ces besoins spécifiques des différentes populations de la ville.
La ville, pour qu’elle offre le même visage à tous et à toutes, a tout intérêt à envisager les plus ‘faibles’ ou les plus ‘fragiles’ diront certains. Leur prise en compte oblige à cesser de morceler les différents visages de la ville et d’à nouveau la regarder de façon globale : ne plus traiter juste le trottoir puis la rue puis l’avenue puis l’école ou le cinéma ou le jardin mais avoir dans la tête la continuité des déplacements possibles...
Cette ville réconciliée pour tous est la vraie modernité de la ville. Cela implique d’abandonner son ancienne modernité : aller vite ! La nouvelle modernité, à l’âge du pétrole cher et du retour du local dans ses diversités d’être au monde, c’est au contraire de savoir profiter du voyage autant que de la destination. Voyager qui peut consister à aller jusqu’à la boulangerie au coin de la rue. Ralentir qui peut signifier rester derrière un papi dans les escaliers du métro sans se soucier de savoir si on va attraper le métro de 9h26 ou celui de 9h27, sans pousser des soupirs d’exaspération mais en admirant la couleur de ses bretelles ou sa capacité stratégique à rester devant… Savoir se nourrir de ce que l’on reçoit de la diversité nos villes multiculturelles, inter-âges et aux identités de genre multiples.
Envisager le temps et l’espace différemment, c’est le point de départ incontournable d’une réelle politique de la ville écolo, une politique qui envisage toutes les catégories de personnes qui vivent dans la ville sur un même pied d’égalité. Il semble que, décidément, le concept global de l’écologie ne soit pas encore, malgré les grandes déclarations des uns et des autres, totalement intégré !
Véronique Dubarry
Les Verts
Adjointe au Maire de Paris en charge des personnes en situation de handicap
