Le cumul des mandats, frein à la parité et la diversité
Par V. Dubarry le 31-07-10, - Articles - Lien permanent
Tribune parue dans Témoignage Chrétien, le 30 juillet 2010
Par Véronique Dubarry, adjointe au Maire de Paris en charge du handicap, et Sylvain Garel, coprésident du groupe des éluEs Verts au Conseil de Paris.
En France, la politique est toujours, essentiellement, affaire d’hommes blancs âgés de plus de cinquante ans, bien diplômés, issus des milieux aisés et souvent fils d’élu. Le cumul des mandats, exception française parmi les grandes démocraties, concentre tous les pouvoirs dans les mains d’une petite caste de mâles dominants. Ce cumul entraîne des problèmes d’absentéisme politique, de clientélisme, de lobbyisme des élus locaux au Parlement ou dans les autres assemblées territoriales. Il engendre aussi une représentation faussée de la société civile dans les lieux du pouvoir.
Par Véronique Dubarry, adjointe au Maire de Paris en charge du handicap, et Sylvain Garel, coprésident du groupe des éluEs Verts au Conseil de Paris.
En France, la politique est toujours, essentiellement, affaire d’hommes blancs âgés de plus de cinquante ans, bien diplômés, issus des milieux aisés et souvent fils d’élu. Le cumul des mandats, exception française parmi les grandes démocraties, concentre tous les pouvoirs dans les mains d’une petite caste de mâles dominants. Ce cumul entraîne des problèmes d’absentéisme politique, de clientélisme, de lobbyisme des élus locaux au Parlement ou dans les autres assemblées territoriales. Il engendre aussi une représentation faussée de la société civile dans les lieux du pouvoir.
La politique reste notamment fermée à la parité. Après les dernières élections législatives (2007), seules 18,5% des députés sont des femmes ; la part est de 21,8% au Sénat (2008). Deux assemblées où le cumul règne en maître : plus de 4 parlementaires sur 5 assument au moins un autre mandat électif. Il est raisonnable de penser que si les mandats étaient davantage répartis, ils seraient aussi davantage féminisés. Car dans la compétition politique, les femmes ne jouent pas à armes égales : en plus d’une activité politique et éventuellement professionnelle, elles assument le plus souvent un mandat familial dont l’homo politicus type tend à se démarquer. Quand des notables locaux se targuent d’assumer pleinement un mandat parlementaire avec la présidence d’un conseil général et d’autres mandats « secondaires » (président de groupe à l’assemblée, conseiller municipal, membre d’un exécutif intercommunal…), ils valorisent l’image d’un « superman politique » complètement déconnecté des responsabilités de la vie quotidienne. A Monsieur l’espace public, à Madame l’espace privé. Et tant pis pour la parité.
De manière similaire, le cumul des mandats tend aussi à éloigner les jeunes, les moins diplômés, les catégories sociales inférieures et les minorités culturelles des arènes du pouvoir. Aussi, les Verts ont adopté depuis leur fondation, il y a plus de 25 ans, une grille de points limitant strictement le cumul des mandats, bien au-delà de la législation nationale. Au Conseil de Paris, les éluEs écologistes sont les seuls à avoir toujours respecté le mandat unique. Lors de la précédente mandature, lorsque l’un d’entre nous est devenu sénateur, il a démissionné de son mandat de conseiller de Paris.
Aussi, nous nous réjouissons de la décision du Parti Socialiste de rendre incompatible les mandats parlementaires et les mandats exécutifs locaux. Nous espérons que cette nouvelle règle, voulue par la direction du PS et entérinée par une large majorité d'adhérents, sera strictement appliquée lors des prochaines élections sénatoriales.
Deux pistes semblent néanmoins prioritaires pour favoriser davantage la diversité du personnel politique. D’une part, avancer vers la reconnaissance du statut de l’élu : renforcer la formation continue, valoriser davantage son expérience sur le plan professionnel, octroyer à tous les élus en fin de mandat, y compris locaux et bénévoles, des indemnités de chômage. Autant de garanties qui préservent l’élu de la course aux mandats et favorisent sa reconversion professionnelle.
Par ailleurs, la diversification du personnel politique passe aussi par une ouverture des postes à responsabilité à l’intérieur des partis. La loi est pour l’instant silencieuse sur le sujet : un ministre du budget peut être simultanément maire d’une ville de plus de 10 000 habitants et trésorier d’un grand parti. La loi gagnerait pourtant à limiter les cumuls internes et externes aux partis. Car la compétition politique et l’éviction des femmes et des minorités des postes à responsabilité commence le plus souvent dans l’ombre des partis. Bien avant de se répercuter au grand jour, lors des joutes électorales et de leurs résultats prévisibles.
