Nous étions soulagées et espérions ne plus entendre ce flot de dérapages verbaux auquel nous avions assisté, qui n’étaient au fond que l’explicitation d’une logique xénophobe au sommet de l’Etat à l’approche des élections régionales.
Nous avons été bien naïves. En fait, ce débat a échappé aux apprentis sorciers gouvernementaux : il a ouvert la porte à la manifestation d’un inconscient colonial, où s’expriment les peurs d’un racisme latent.

La France a changé, et le visage qu’elle dévoile déplaît et heurte, notamment ceux qui nous dirigent.
C’est ainsi que nous interprétons les attaques dont est victime Ilham Moussaïd, jeune femme, étudiante et militante du groupe local d’Avignon de NPA, dont elle assure par ailleurs la trésorerie. De nombreux responsables politiques, de droite ou de gauche, y sont allés de leur condamnation, certains y voyant même un coup électoral, alors même que le débat sur l’identité nationale n’a eu de cesse de stigmatiser l’islam et sa pratique et de désigner les français musulmans comme étrangers au corps national. Il y a mieux comme calcul électoraliste.

Contre Ilham Moussaïd, l’argument est rôdé, imparable et toujours le même : tout le monde sait mieux que celle qui le porte ce que dit le foulard. En l’occurrence, tout le monde fait dire au foulard ce qu’Ilham, qui le porte, ne dit pas. Ce que dit cette jeune femme ne semble guère intéresser d’ailleurs tous ceux qui la condamnent. En fait, ce qu’elle exprime n’a pas droit de cité. Elle est accusée de vouloir dire ce qu’elle récuse.
Nous ne voterons pas NPA aux prochaines élections régionales mais tenons à affirmer notre soutien à Ilham Moussaïd.
Nous avons lu ses déclarations et ne mettons pas en doute son engagement féministe.
Devant la violence des attaques, nous estimons que le NPA a raison d’assumer d’avoir ouvert sa liste à cette militante.

Nous considérons que l’on peut être à la fois croyante et laïque, et que l’on peut s’appeler Ilham Moussaïd et être une militante anticapitaliste et féministe. Nous affirmons qu’elle a, comme nous, le droit de se présenter au suffrage des électeurs et n’avons pas de raison d’exiger qu’elle montre patte blanche pour être candidate. Que les choses soient claires : nous nous réjouissons que cette jeune citoyenne ait choisi l’engagement politique dans un pays où les femmes y sont toujours sous-représentées.