La mise en œuvre, malheureusement tellement prévisible, tellement facile, de la logique de la désignation de l'autre, l’étranger, le toxicomane, le S.D.F., le jeune, l’exilé, comme source de tous les maux, de toutes les infractions. Ce serait validé aussi, à la fois la mise en œuvre du Plan de vidéosurveillance et la suppression du nombre de policiers présents sur le terrain.

Une nouvelle fois, encore, je vais lister ces agissements et ces actions. Une nouvelle fois, Monsieur le Préfet, vous me décevriez presque si vous ne le faisiez pas, vous allez réfuter chacune de ces assertions, en les déformant, en les minimisant.

Et pourtant, je vous invite à lire les avis de la Commission nationale de déontologie de la sécurité, et son rapport très intéressant sur la déontologie des forces de sécurité en présence des mineurs. Les faits qui sont mentionnés, tout à fait officiels donc et ne relevant pas que des élucubrations des élus Verts, ne font que renforcer cette impression d’une police qui, poussée dans la recherche de résultats, de chiffres, en viendrait à oublier son important rôle de soutien et de protection.
La C.N.D.S. est de plus en plus sollicitée pour des atteintes à la dignité des personnes et ce, majoritairement suite à des contrôles de police s’étant mal passés et, tout aussi majoritairement à Paris.
La C.N.D.S. revient dans le rapport, dont je parlais à l'instant, sur le traitement particulier réservé aux mineurs et sur la nécessité d'avoir une attitude irréprochable à leur égard. Je ne suis pas sûre que cela a été le cas. A quelques rues de l'Hôtel de Ville, juste derrière, vendredi dernier, devant le lycée Sophie Germain. Quels besoins, en effet, d'utiliser ce déploiement de force policière pour déloger une cinquantaine de gamins se tenant par la main pour faire le blocage de leur lycée, chose relativement prévisible et habituelle à Paris ?

Incident isolé, me direz-vous. Moi, je vous réponds que c’est au contraire révélateur d'une politique et d'une attitude globale. Qu'il s'agisse des jeunes, des militants politiques ou des syndicalistes, l'empêchement de manifester, d'exprimer une position ou une opposition, semble devenir la règle de l'espace public. C'est aussi d'ailleurs clairement démontré par l'augmentation régulière du nombres de gardes à vue.

Je vous conseille également, comme lecture de Noël, l'étude du C.N.R.S. parue en juillet dernier, et qui fait encore parler d'elle, récemment par un certain nombre de syndicalistes policiers et puis, bien évidemment par le Ministre de l'Immigration, concernant les contrôles au faciès. Cette étude, dont je rappelle qu'elle a été réalisée à Paris, à la gare du Nord et à Châtelet, prouve que les personnes originaires d'Afrique du Sud et les individus - ce sont les termes du rapport - et les individus originaires d'Afrique ou des Antilles, ont en moyenne sept fois plus de risques d'être contrôlées qu'une personne ayant la peau blanche. Une même inégalité a été observée en ce qui concerne les fouilles : les Noirs ont été fouillés, à l’issue de près de 10 % des contrôles d’identité, les Arabes, 12,4 % alors que les Blancs ont été inspectés 3,1 % du temps.
Toujours d'après cette étude, en plus de la couleur de la peau, l’âge joue également un rôle important : les "jeunes" qui constitue 10 % de la population française représentent 47 % des personnes contrôlées par les forces de l'ordre. Est-il nécessaire, à ce propos, de rappeler qu’à de nombreuses reprises les élus parisiens se sont élevés contre ces contrôles systématiques dans certains quartiers de la Capitale. Ces opérations de police, puisque c'est le terme en vigueur et que celui de rafle est absolument interdit, ont encore lieu, même si elles se font plus discrètes, d’une façon plus subreptice. Elles ont pour cible, par exemple, les exilés, dont il est de notoriété publique qu'ils sont présents en nombre dans certains quartiers du 10e.

Ces opérations répondent, cela aussi est unanimement reconnu, à la logique du chiffre imposé au personnel de police. Le chiffre, comme j’ai pu le lire sous la plume d'un policier, est l'opium de la police et finit par faire se prendre les pieds dans le tapis de ceux qui en sont obsédés. Il fait perdre, à ceux qui en sont addicts, le sens de la rigueur et de la précaution.

Puisque de chiffres il est question, parlons de celui qui revient comme une incantation magique à la technologie : 1.000 caméras. Nous avons déjà dit, à de nombreuses reprises, notre opposition à cette installation. Ce n'est pas seulement au nom d'une idéologie, que nous ne partagerions pas, que nous nous élevons contre ce plan, c'est par pragmatisme et par réalisme.
Ce plan n'apportera aucune réponse aux Parisiens et aux Parisiennes en matière de sécurité, bien au contraire !
De nombreux rapports l'ont démontré. Je ne citerai pas celui qui concerne Londres, galvaudé et réfuté, mais parlerai du dernier en date, commandité et approuvé par le Ministre de l'Intérieur. La vidéosurveillance n'empêche pas la délinquance de rue, au mieux elle la déplace. Elle ne fait rien contre la majorité des infractions que constituent les violences intrafamiliales, les infractions au Code du travail, les escroqueries ou les cambriolages. Elle ne permet pas non plus, comme cela a pu être dit, une meilleure résolution des délits.
Pour que ce plan soit tout cela, il faudrait que derrière chaque caméra, il y ait un écran, et que devant chaque écran, il y ait une personne en capacité de décrypter, d'analyser et d'alerter sur ce qu'elle voit. Mais qui sera alerté ? Qui pourra-t-elle alerter, alors que les syndicats de police, manifestant la semaine dernière sur le parvis de l'Hôtel de Ville, entre autres, s'émeuvent du devenir de leur profession et de la suppression de près de 2.000 emplois en 2010 dans la police nationale, contrairement à ce que vous avez dit tout à l'heure.
Comment dans ce cas les effectifs de police de proximité peuvent-il être maintenus ? Comment ne pas s’inquiéter de ce que ce plan va éloigner un peu plus les agents de la rue de la Prévention, dont ils sont aussi des acteurs.
Ce plan, décidément, est liberticide, décidément il est coûteux, et c'est évident il sera inefficace.

A contrario, je voudrais saluer l'effort de la Municipalité qui prouve qu'une autre politique est possible en matière de prévention. Même si nous regrettons que plusieurs de nos amendements n'aient pas été retenus en matière d'augmentation de moyens, cette politique, mise en œuvre depuis 2001, fait la part belle à la prévention spécialisée et au lien social. Elle encourage les initiatives innovantes, en matière de prévention des conduites addictives. Je ne m’étendrai pas trop dessus, même s’il en a été beaucoup question depuis le début de ce débat, puisque nous y reviendrons tout à l’heure justement par l'adoption de la délibération concernant l'étude sur la salle de consommation dont, Monsieur GOUJON, j’attire votre attention sur le fait que Mme BACHELOT soutient très fortement cette initiative qu'elle y est favorable parce qu’elle y voit, comme nous, un enjeu de santé publique extrêmement important.
Donc la politique de la ville fait la part belle au partage de l'espace public, à l'échange entre les communautés d'âge, de sexe ou d'origine culturelle. Cette politique favorise la transversalité et envisage la globalité des questions posées par la prévention en traitant des questions de santé, de scolarité, etc. Elle se fait, et c'est important, dans le respect des compétences de chacun, en ayant à l'esprit le rôle, la place que chaque intervenant entend préserver, sans leur forcer la main sur quelque aspect que ce soit, y compris dans la participation à certains contrats locaux de sécurité.
Et elle favorise in fine l'humain, et en c'est en cela qu'elle portera ses fruits et qu’elle répondra réellement aux demandes des Parisiens, sans les renvoyer dos à dos, sans aucune stigmatisation.

Pour finir, Monsieur le Maire, je voudrais regretter une fois encore, comme chaque fois que nous avons à voter ce budget de la Préfecture de police, que nous ne puissions pas dissocier nos votes parce que c'est avec un grand plaisir que nous aurions voté la partie de ce budget consacré à la B.S.P.P., tant le travail réalisé par les pompiers de Paris, unanimement reconnus, internationalement salués, se fait parfois dans des conditions difficiles et que, bien évidemment, il faut non seulement leur apporter le matériel dont ils ont besoin mais leur fournir des bâtiments propres à ce que leur vie personnelle, autant que leur travail, puisse se dérouler dans de bonnes conditions.