Intervention sur le budget de la Préfecture de Police - Où il est question de vidéo-surveillance
Par V. Dubarry le 19-07-07, - Interventions diverses - Lien permanent
Biométrie dans les cantines, passeports biométriques, fichages divers et variés
(fichier ELOI, fichier « Base élèves »), conversation téléphonique repérable,
pistage de nos déplacements via les cartes Navigo, GPS dans les cartables de
nos enfants, voilà notre présent et notre quotidien… Et pour demain, on nous
prépare 1000 caméras de vidéosurveillance dans Paris.
Est-ce cela la société dont nous voulons ? Une société de méfiance, une société de défiance, une société de contrôle technologique dont l’homme est chassé. Il y plus de 40 ans, Jacques Ellul s’interrogeait déjà sur le devenir de notre société où la machine prendrait le pas sur l’homme, il s’inquiétait de ce que la société ne serait plus construite que pour la machine. Et c’est ce à quoi nous assistons, lentement mais inexorablement. Aujourd’hui, la CNIL essaye d’attirer l’attention sur « la société de surveillance qui menace la protection des données et la liberté ». Aucun n’est entendu et nous continuons notre fuite en avant vers la société de big brother.
Le chiffre annoncé du coût de cette installation est faramineux, et comme c’est M. Goujon qui l’annonce, je le crois. Ce coût est de 45 millions d’Euros. Mais il ne s’agit que de l’installation des caméras et des caméras elles-mêmes. Il va falloir y rajouter des PC adaptés, et malgré tout du personnel. Beaucoup de personnel. Ce qui veut dire que nous nous retrouverons avec des PC à la pointe de la modernité, beaucoup de personnel derrière ces caméras mais plus aucun dans la rue, là où les parisienNEs vivent, où ils se font agresser, où ils se font voler, où, tout simplement, là où ils ne se sentent pas en sécurité.
Avec ces 45 millions d’euros, nous pourrions faire un choix d’humains et mettre en place une véritable politique de prévention. Prévention sociale, prévention de la délinquance, prévention des risques et prévention situationnelle. Réfléchir à des actions cohérentes dans les quartiers, principalement ceux en politique de la vile. Aménager les quartiers, les rendre plus agréables à vivre pour tous et impliquer les principaux concernés, les habitants, dans ces aménagements, dans de nouvelles répartitions de l’espace public et collectif. Renforcer encore les moyens de la prévention spécialisée. Mettre des correspondants de nuit dans de plus nombreux quartiers et ne plus nous contenter d’un saupoudrage sur quelques uns. Faire des marches exploratoires et mettre en place des procédures qui prennent en compte les constats de ces marches, par exemple en termes d’éclairages et de réaménagement de carrefours dangereux. Favoriser des interventions d’associations dans les écoles, collèges et lycées sur des sujets tels que la réduction des risques en matière de toxicomanies, de conduites sexuelles à risques, de lutte contre les discriminations. La liste des actions à renforcer, réaliser, mettre en place est longue, les choix sont multiples pour l’utilisation de ces 45 millions d’euros…
Passé le côté « offrons-nous un joli jouet », penchons-nous également sur les résultats attendus. De multiples études le montrent : la vidéosurveillance n’empêche pas les délits. Elle se contente de les déplacer. Elle ne rend pas les gens moins anxieux, elle les rend plus surveillés. Se rassurer, en tant qu‘éluEs, de savoir que les lieux sont surveillés, et juste surveillés, n’est pas une attitude responsable. Pour chaque lieu, chaque quartier, chaque territoire, il faut un peu plus de travail et de réflexion. C’est trop facile d’installer des caméras, ça évite de se poser les questions des racines de la délinquance, de s’interroger sur notre société créatrice d’exclusion et de rejet de l’autre. Cela évite de regarder les problèmes en face et de réfléchir à une politique sérieuse et cohérente, où l’action de la police, par exemple, n’irait pas à l’encontre des actions que la Ville met en place à l’encontre des toxicomanes, des prostituéEs, des jeunes…
Je finirais par le coeur de la question qui nous est posée ce matin : le budget et singulièrement celui de la Préfecture de Police. Comme d’habitude, nous ne le voterons pas. Nous ne le voterons pas pour toutes les raisons que j’ai déjà évoquées et également pour celles qui concernent la sécurité routière et votre volonté affichée de ne faire respecter le code de la route qu’à une partie des usagers de la voirie, je pense aux cyclistes. Nous avons toujours affirmé que le code de la route n’est pas fait pour les cyclistes, qu’il les mets même dans certains cas en danger. Ce qui est important c’est le différentiel de vitesse entre véhicules motorisés et cyclistes, c’est là qu’ils courent le plus grand danger.
Nous nous élevons aussi contre les si mal nommées, ou plutôt si hypocritement nommées « opérations de police » dans les quartiers populaires de la capitale. Ces rafles qui font gagner 4 points par arrestations aux policiers qui les réalisent. Nous ne supportons pas les interventions aux abords voire dans les structures de soins ou d’accompagnement des personnes SDF, prostituées ou toxicomanes.
Je ne sais pas quel sens vous donnez au terme de co-production mais très visiblement nous ne le comprenons pas de la même façon.
In fine, nous ne le voterons pas simplement parce que la politique qui est menée n’est pas celle que nous souhaitons pour notre ville, que ce n’est pas ainsi que les unes et les autres apprendront à vivre ensemble, dans le respect et la tolérance, et même dans la sécurité.