A l'origine, sous sa dénomination "développement social des quartiers", cette politique avait un objectif majeur : initier et mettre en œuvre des processus de requalification des territoires en visant la diversification de leur peuplement et de leurs activités. Il est vrai que près de 20 ans après les prémices de la politique de la ville, son bilan est pour le moins mitigé. Si, la politique a eu quelques effet indéniables, elle n'a pour autant pas été à la hauteur des espérances, ne débouchant pas sur les réformes nécessaires et recommandées pour certaines dès les années 80 (rapport Dubetout).

La politique de la ville, grevée par des réformes successives, s'est trop souvent cantonnée à une collection de "remèdes" sensés transformer ces quartiers de "relégation" en quartier "comme les autres" sans pour autant avoir une approche politique de la question urbaine. La politique de la ville pâtit de la multiplicité des procédures et des outils, chaque ministre y allant de son initiative personnelle afin d'imprimer sa marque, parfois sans souci de cohérence avec les dispositifs existants. L'enchevêtrement des lois, des dispositifs, des modes de financement n'ont finalement donner qu'un peu plus d'opacité à une politique déjà incertaine à la recherche de son objet.

C'est peut-être là sa faiblesse essentielle : avoir été beaucoup trop technicienne (traitement des symptômes) et trop peu politique (compréhension et maîtrise des mécanismes structurels), sauf à supposer qu'elle n'avait pas d'autre ambition que d'acheter une relative "paix sociale" sans remettre le système en question.

Paradoxalement, un des apports de la politique de la ville a été de révéler les obstacles et d'identifier les limites au-delà desquelles le système politico-administratif ne peut plus se contenter d'adaptation à la marge. Ces limites sont largement atteintes et les émeutes de l'automne 2005 n'en ont été que le révélateur.

Nous n'en sommes plus au temps des adaptations, nous devons opérer une mutation profonde de la gouvernance des villes au risque d'une accentuation radicale de la fragmentation sociale des territoires et d'une dérive de la démocratie. Plus que jamais l'efficacité d'une "politique de la ville" réside non pas dans le raffinement sans fin des procédures ou dans l'empilement de nouveaux dispositifs mais dans sa capacité à favoriser l'avènement du politique dans la ville. L'un des enjeux es de créer les conditions d'un véritable dialogue social sur la manière de concevoir, d'organiser et de gouverner la ville. Tout particulièrement en faisant accèder les "sans voix" à l'espace public de la négociation et de la décision. Car peut-on espérer de mieux d'une politique de la ville si les premiers intéressés n'ont pas accès aux instances de délibération et de décision de la cité ? Et ne nous leurrons pas, c'est bien la situation qui prévaut en France avec la sous-représentation politique des populations les plus défavorisées, tout cela contribuant à ce que les politiques, institutions et personels, y perdent en légitimité.

Les CUCS seront-ils à la hauteur de ces enjeux, la cohésion sociale telle qu'elle nous est présentée ici sera t-elle un artifice ou une réalité ? Si l'on s'en tient aux propos du Ministre Borloo, c'est prometteur : « La République retrouvera l’égalité des chances ; elle ne transigera pas avec son ambition ; elle ne jouera pas avec son avenir. ... C’est le sens de la démarche inédite qui les inspire, consistant à traiter ensemble les grands problèmes qui mettent en péril la cohésion de notre pays, à rebours de l’approche cloisonnée et morcelée qui a longtemps prévalu.".

Le discours est là mais ce discours n’est pas soluble dans le libéralisme, il rencontre des obstacles et finit par se dissoudre dans le minimum social. Le CUCS est une intention creuse sans moyen et faisant office de soupape politique au débat social qui s’instaure. La réalité est autrement plus terrible, les moyens ne sont pas là, la responsabilité des acteurs politiques est écartée au profit d’une culpabilité citoyenne. L’ensemble de la société est désignée comme responsable de l'auto-production de la précarité, de l’insécurité. D'autant que par ailleurs, c'est ce gouvernement qui a adopté récemment la loi, tant décriée, sur la prévention de la délinquance, c'est ce gouvernement qui a institué le CNE puis essayé de faire passer en force le CPE, c'est encore ce gouvernement qui ne cesse de désigner les "classes dangereuses" (les pauvres, les étrangers..) ne faisant qu'exacerber les tensions, c'est ce gouvernement qui conduit une traque sans relâche des sans-papier au mépris de toute dignité. Excusez-moi mais j'ai du mal à voir où se situe la cohésion sociale dans tout ça !

Il est aujourd’hui indispensable, urgent de faire des choix dans nos actions. Nous devons ensemble poser les enjeux de demain et proposer des actions permettant des réponses appropriées et surtout solidaires et engagées. La critique faite au CUCS doit aussi porter sur nos choix locaux. Nous devons imposer ensemble la nécessaire cohérence et cohésion des actions. Il ne suffit pas de s’asseoir en cercle autour des intentions, il faut construire, au nom de cette égalité des chances, des réponses communes.

La cohésion ne peut pas être que le fruit d’un dispositif, elle est surtout le résultat d’une solidarité constante, solidarité basée sur une juste répartition des richesses, solidarité inscrite dans un partage des décisions au travers d’une démocratie de proximité qui reste à inventer.