Cette fois, l'inquiétude portait sur le nombre de bus qui passerait dans la soirée. Même les responsables, arrivant avec le premier bus, étaient infichues de dire combien il y en aurait (ou bien elles ne voulaient pas, mais là, je ne vois vraiment pourquoi ?!). 3 ou 4 ? Mine de rien, c'est pas anecdotique, ça fait une différence de presque 60 personnes hébergées au chaud et au sec pour la nuit !

Du coup en attendant et grâce à JMC qui nous sert d'intermédiaire (fastoche : il connait toute le monde), on discute. On se fait raconter les récents événements, tandis que dans le même temps JM distribue des documents en farsi/anglais pour la Suisse, la Suéde, l'Angleterre. Un gamin (en tout cas pour moi ça en est un même si il a 19 ans) me raconte qu'il a été tailleur, de fringues pour femmes. Robes, manteaux... m'explique-t-il (on comprend pourquoi il a quitté l'Afghanistan, non ?). Il veut aller en Suède parce que les procédures de régularisation sont deux fois moins longues qu'en France. Dans ma tête, je rajoute "et surtout beaucoup moins incertaines :-(".

C'est difficile de raconter comment tout se déroule, difficile de décrire le mépris qu'on lit dans certaines attitudes, difficile d'expliquer ce que cela peut avoir de choquant de voir ces hommes et ces enfants être obligés de quémander une place, de hurler leurs noms notés par les responsables des bus et de se précipiter à l'arrivée de chaque bus... Et encore hier soir il faisait bon. Imaginez quand il fait froid et/ou qu'il tombe des cordes : on peut comprendre qu'ils aient envie d'être VITE à l'abri, non ??

C'est rageant surtout : il suffirait de 4 bus passant en même temps pour que soit résolu le problème de cette cohue et de cette tension. 4 bus et on laisse tomber cette cérémonie grotesque de la "liste" (les exilés lancent un nom et je suis quasi-sûre que, à part quelques prénoms, les responsables n'en retiennent qu'un vague son et ne notent rien...). Pas seulement grotesque d'ailleurs, humiliante.

Et puis, même si hier ça c'est plutôt bien passé, il n'en reste pas moins qu'une douzaine (minimum) d'exilés ont fini par aller dormir sous le pont au bout de la rue Louis Blanc. On les a suivi et on a fini notre maraude par les berges du Canal (cette partie des berges étant beaucoup moins médiatisée que celle située plus haut). Ce qui est frappant c'est la cohabitation de deux mondes qui se partagent l'espace : les cabanes et les tentes des exilés et la belle jeunesse qui vient se divertir au Point Ephémère.

Même si dans l'ensembl, les exilés ont l'air en bonne santé ("l'air" : je ne suis pas médecin et je ne me risquerais pas à un diagnostic), certains d'entre eux ont l'air tellement fatigué. Je pense à un petit jeune dont JMC m'a dit qu'il revenait de Calais : à la suite d'une bagarre et après un coma, il a passé quelques semaines à l'hopital à Lille. Il est à nouveau dans la rue et son état de maigreur m'a passablement inquiétée. Et combien d'autres, dans cet état ou moins pire, que je n'ai pas vu hier soir ???

On rentre de ces maraudes à la fois en colère et découragée. Il y a tellement à faire et d'aucuns perdent du temps à ratiociner des résultats d'AG ...